Novembre 1986, au cœur de la Haute-Savoie. 80 personnes venues de toute la France se mettent autour de la table d’une petite coopérative de produits bio à Annecy. Consommateurs, commerçants, soixante-huitards ou ruraux, ils rêvent d’une alimentation plus saine et naturelle, de modèles agricoles et de distribution différents, déjà. Lassés qu’on leur raconte des salades, ils imaginent un autre mode de vie, plus solidaire.
C’est décidé à l’unanimité : cabas contre caddie, ils vont mutualiser leurs achats bio en montant une association loi 1901.


« En 1974, la candidature de René Dumont aux présidentielles apporte un vent de nouveauté dans le paysage politique français. Il est le premier écologiste à parler à tous les Français, à clamer son engagement avec autant d’enthousiasme. Son discours m’interpelle et me pousse, peu de temps après, à intégrer une coopérative de consommateurs de produits bio. J’ignore alors que j’assiste aux premiers instants de vie du réseau Biocoop ! »
Hugues Toussaint, secrétaire général de Biocoop de 1991 à 2009

Les coopains d’abord
L’association vit grâce à ses bénévoles et ne dégage pas de bénéfices. Puis progressivement, en région, une puis trois centrales d’achat voient le jour. D’un magasin à l’autre, on retrouve petit à petit une unité dans les produits, les mêmes exigences.
Octobre 2002, près de Bordeaux. Lors d’une assemblée extraordinaire, Biocoop devient une coopérative. Consommateurs, producteurs et salariés gagnent leur place au conseil d’administration auprès des gérants de magasin (coop, SARL, etc.). Cette organisation démocratique multipartie est unique en France. Biocoop en fait sa marque de fabrique.

« L’avantage d’être dans une coopérative, c’est aussi d’éviter les prises de pouvoir mal acceptées. Les mandats politiques ne permettent pas de s’y enrichir, ni de nourrir des ambitions personnelles contraires au collectif. »
Marie-Hélène Le Fur, présidente de Biocoop de 1999 à 2004
À l’aube de la bio
Le label AB, créé en 1985, émerge tout juste. Biocoop se montre ferme sur la qualité et met la barre haut. Surprise : les producteurs et les transformateurs suivent. L’association profite de son congrès de 1993 pour préparer son nouveau cahier des charges aux petits oignons. La priorité aux produits régionaux, frais, de saison, au vrac et au bio quand il y en a !
Militante par nature, la coopérative marche aux côtés d’associations comme Les Amis de la Terre ou Agir pour l’environnement. Certaines batailles portent leurs fruits : en 2008, la culture OGM est définitivement interdite en France. Six ans plus tard, le commerce équitable d’origine France entre dans la loi sur l’économie sociale et solidaire. D’autres, comme celle contre le chauffage des serres maraîchères en bio, n’ont pas abouti. Mais Biocoop refuse de vendre des légumes qui en sont issus.
Malgré les bâtons dans les roues, la coopérative continue à défendre la vie sous toutes ses formes. Les prochaines urgences ? Sauvegarder la biodiversité, en montrant l’exemple dans les rayons, et réduire son empreinte carbone.


« Je suis heureuse de voir que l’on fait une place aux jeunes aux côtés des militants historiques de la bio, qui transmettent le flambeau avec tant de convictions. Notre génération représente le futur. A nous de faire avancer cet élan ! »
Christelle Moussa, représentante Bio Consom’acteurs au conseil d’administration de Biocoop

Plus cap que jamais
Une organisation bien huilée, avec plus de 740 magasins, 20 groupements de producteurs, des salariés et des consommateurs qui mouillent le tablier pour faire rimer bio exigeante et budget raisonnable… à 40 ans, Biocoop a mûri. Et veut grandir encore, oui, mais sans oublier d’où elle vient et où elle va...
« Notre priorité restera toujours d’essayer de changer les choses, rappelle Frédéric Faure, vice-président du conseil d‘administration de Biocoop. Nous sommes là pour influencer le monde, pas pour survivre. Et même si cela devait nous coûter notre position ou notre croissance, tant pis, il faudrait garder le cap malgré tout. Plus tard, nous pourrions être cette graine qui refleurit quand l’incendie a pris fin. »

L'avenir nous appartient. Quel que soit le contexte économique ou social, il n'y a aucune fatalité. Le passé nous a démontré que l'on était pionniers, même lorsque les perspectives semblaient sombres. Bien sûr cette confiance en l'avenir n'exclut pas le danger : il y a une lutte quotidienne à mener.
Franck Poncet, directeur général de Biocoop
